On
nous l'avait dit, un gros sanglier originaire de Camargue hantait les fourrés
d'un parc situé dans l'Allier récemment acquis par un ami.
On
parlait de défenses énormes, de solitaire impressionnant qui avait chargé
et fait fuir plein de gens.
Plus
personne n'osait pénétrer dans l'enceinte : on craignait pour les
chiens du bécassier qui aurait sûrement été éventrés. Les rumeurs
allaient bon train et les lieux prenaient des allures de film fantastique tel
que JURA SID parc ou le monstre du Lochness.
Nous fûmes contactés Bernard et moi, pour faire courir et tirer le
mastodonte.
Si
vous êtes chasseur de sanglier mais attention un vrai je ne parle pas des
occasionnels je parle des postés assidus, des traqueurs acharnés, des
organisateurs respectés, vous connaissez ce Bernard dont je vous parle : la
cinquantaine, moustachu ,d'un mètre quatre vingt, des bras comme mes
cuisses, avoisinant les 120 kg, la casquette vissée sur la tête. Maître
d'équipage de vènerie sous terre il guide
le "Rallye des étangs".
Il
excelle dans l'art de faire le pied, est maître du rembuché d'une telle
précision sur le lieu le poids, le nombre d ' animaux baugés ou sur pieds, pas
un sanglier ne le trompe, aidé d'une quinzaine de chiens tous
créancés dans la voie du sanglier. La meute se compose de trois
grands anglos pour rapprocher, le reste en Jagd terrier Cairn Jack Rusell pour
mettre au ferme et coiffer les bêtes noires. Beaucoup d'entre vous le
connaissent sous le sobriquet du Toine. Il vous a sûrement déjà fait passer
des journées inoubliables ainsi que des après chasse qui sont souvent très
mouvementés, accompagnés de trompes de chasse, récits, chansons et bonne
humeur.
Mais
revenons à notre monstre. Le
challenge nous était proposé, le Toine allait-il accepter de venir, en effet
les Kms
le rebutent maintenant et la chasse en parc ne l'emballe pas du tout mais là
on parlait de 300 livres, de très grandes défenses : allez il n'a pas
hésité longtemps, rendez-vous dimanche 5 heures du matin. Le 4X4
d'ordinaire apte à traverser tous types de terrain allait-il supporter une
randonnée de 250 Kms ?
Arrivés
à l'heure, nous avons sur une carte repéré les endroits susceptibles de
cacher les animaux. Le petit nombre d'invités a vite pris note des
consignes de sécurité ainsi que de leur poste : on nous adjoint
Philippe, un grand gaillard spécialiste
de ce genre d'opérations très habitué à la reprise de sangliers vivants
puisqu'il fait parti du GIGS ( groupement d'intervention des grands
sangliers.)
Nous
attaquons coté Est : les chiens sont découplés et rapidement les
anglos rapprochent et c'est très vite lancé. Malheureusement le vent très
violent est contre nous et nous perdons le fil sonore qui nous relie aux
grands chiens. Les Jagd de proximité n'ont pas rameuté et commencent à
reconnaître dans un fourré proche de là.
Après
une poursuite dans les ronces, les chiens tapent un ferme et nous nous
rapprochons : c'est là que je découvre, acculé à un buis,
un sanglier de fort calibre armé, mais pas exceptionnel. J ' ai bien le temps de voir
l'acharnement de ces petits chiens sur les bêtes. C'est fou
l'agressivité qu'ils développent, à un tel points qu'ils le font débucher.
Il est gros certes mais pas monstrueux.
Quelque
temps après nous entendons retentir 5 coups de trompes suivis des rigodons.
Nos jambes nous rapprochent vite des postés qui nous font alors ce récit.
-<
Les grands chiens étaient au ferme depuis au moins une vingtaine de minutes,
alors on est descendu de nos miradors, moi et Gilles, c'est là qu'il a
voulu fuir et croisé la balle de 12 de Loulou. >
Le vent nous avait caché cette info et cette joie.
Quelle
bête, il est énorme. Il a des soies superbement noires et longues. Personne
n'a jamais vu une bête pareille et après une longue séance photos les
dames nous régalent de leurs talents culinaires et nous sommes sous le charme
de cet instant de liesse. Tout s'est bien passé et nous sommes un peu
soulagés, il en faut tellement peu pour obtenir le contraire. C'est à
l'heure du café que J. Michel nous fait cette agréable surprise ; et
oui il y en a un autre le même, son frère jumeau. Nous aurions pu suivre le
proverbe qui dit : un tien vaut mieux que deux tu l'auras.
Nous
attaquons à L'Ouest et comme par enchantement Oscar, chien porcelaine,
entame un rapproché, la voie s'échauffe et les
récrits montent plus forts, plus proches, plus hargneux. Le lancé est
vite là et la meute à mort s ' emballe. Très vite l'animal
prend le parti du ferme ce qui nous laisse supposer que c'est un gros.
Chiens
tueurs chiens preneurs, vous offrez vos vies, et votre courage à vos
compagnons. Comme David contre Goliath vous luttez avec la hargne, et le mord
aux dents vous font vivre ou périr. A votre maître vous donnez tout. Sans
vous nous ne serions rien.
Guidé
par cette musique naturelle je suis vite sur les lieux je constate à 20 bons
mètres environ qu'il est gros. Pepsi, chien blanc, vole par-dessus le
roncier ce qui ne le calme pas du tout au contraire. Il retourne de plus belle
à la charge. Pour protéger les chiens, nous avions pris nos express et
j'ai eu le temps de glisser 2 balles de 8.57 Jrs. Le bruit de la bascule a
fait détourner notre ami qui m'aperçoit et me charge instinctivement. Ca
doit être un réflexe chez eux. C'est bien le frère et c'est dingue ce
qu'il va vite : il est déjà sur moi et ma seule défense c'est de
le pousser avec ma carabine sur la tête, pour le détourner "à
bout touchant", dirait mon copain Janot.
Le coup part volontairement car j'envisage que les choses peuvent
tourner mal
Il
me bourre du boutoir et me fait voler comme un polochon sur le tapis feuillu.
Heureusement que les chiens l'attirent un peu plus loin, le temps de
reprendre mes esprits. Impossible de lui remettre une balle c'est trop risqué
pour les chiens. Je me remets vite sur mes jambes. C'est la que j ai vu le
grand Philippe appréhender l'animal avec son épieu, le premier coup ne
rentre pas, il manque de tomber poussé par le cul du sanglier qui s'affaire
sur les chiens. (Un rugbyman ça ne tombe pas comme ça) Le deuxième coup de
lance est inefficace, la lame ne rentre pas dans l'armure : il s'en sépare
alors et saute sur le sanglier l'empoignant par les oreilles et à
califourchon il arrive à acculer l'ours sur le flanc, le temps de saisir
nos couteaux et de daguer simultanément avec le Toine le poitrail du grand mâle.
Il faut tourner et ressortir la lame m'avait on dit et c'est chose faite.
Rapidement nous nous dégageons pour laisser aux chiens les dernières volontés
du sanglier, charger encore et mourir enseveli par cette horde de loups affamés.
Dans un dernier sursaut il salue le ciel et s'effondre dignement. C'est la
curée .