Il peut arriver qu'un cerf fasse toute sa chasse
sans battre au change et sans mettre les chiens en défaut,
avant de tenir les abois ou de prendre l'eau. Mais ces chasses
faciles feraient de la vènerie un art sans art.
Il y a toutes les nuances de ce type de journée,
où l'homme n'a qu'à suivre et appuyer, au type
de chasse où, sans le secours de l'homme, le chien ne
forcerait pas.
D'ordinaire, le cerf, après une ou deux heures de
refuite, commence à ruser:
1_ L'animal, ayant pris suffisamment d'avance, sans
s'être cependant forlongé, s'arrête, foule
son contre et fuit de côté. Les chiens tomberont
à bout de voie, balanceront : les laisser quêter
sans sonner; s'ils recroisent la voie du cerf et l'empaument,
rallier et appuyer. Le défaut n'aura pas duré.
Si, au contraire, les chiens sont déconcertés
et mettent bas, les enlever et envelopper au trot, faire les
devants, les arrières, les côtés, pour croiser
la voie et la redresser comme ci-dessus.
2_ Le cerf peut doubler sa voie devant ou derrière
les chiens, faire hourvari, -faire des boucles ramenant les
chiens à la voie déjà foulée - bref,
créer un défaut complexe. Dans tous les cas, opérer
comme ci-dessus : laisser d'abord faire les chiens; s'ils mettent
bas, envelopper.
3_ Le cerf s'accompagne. Il arrive très fréquemment
qu'un cerf chassé s'accompagne d'un jeune cerf (son écuyer),
ou même met sur pied, à coup d'andouillers, un
cerf de sa force et cherche à le livrer aux chiens. Cette
ruse animale réussit souvent. Les deux cerfs chassés
ensemble se séparent, et il arrive que la meute, entraînée
par les jeunes, tourne au change.
On s'aperçoit du change :
a) En voyant l'animal par corps; mais, à moins de
chasser une tête bien reconnue au lancer, le meilleur
veneur peut se tromper : le port de l'animal, le ton de son
pelage, sa tête même changent d'aspect. En fin de
saison, le cerf peut devenir mulet d'un de ses bois, ou même
des deux; en cours de chasse;
b) Par le pied, mais les vol-ce-l'est sont souvent peu caractéristiques;
c) Par l'observation des chiens, ce qui constitue le moyen
le plus sûr.
Les récris sont moins chauds; les chiens de confiance
mettent bas, pissent sur la voie et reviennent aux piqueurs.
En s'aidant de renseignements créancés, en supputant,
en raisonnant, on se convainc du change.
Arrêter les chiens, sonner (en arrière) la
fanfare du change, revenir au lieu supposé du défaut,
fouler et envelopper pour croiser la voie. Le précepte
est facile, l'application difficile. Si l'on a chassé
longtemps le change, le cerf de meute s'est forlongé,
l'heure s'est avancée, les chiens ont jeté leur
feu : la journée est compromise.
4_ Le cerf, chassé fort et vite, rencontre une harde;
si la voie est bien échauffée, une meute confirmée
doit percer dans la harde sans balancer. C'est la fierté
d'un équipage que de posséder des chiens maintenant
leur voie avec autorité parmi de nombreux animaux.
5_ Le cerf peut, soit ruse, soit fatigue, galoper
sur un cailloutis ou sur un macadam où le revoir est
nul et le sentiment évanoui. Laisser les chiens tâter
les côtés . Si le défaut dure, chercher
patiemment le vol-ce-l'est aux accotements, au besoin en mettant
pied à terre. Enfin, enlever et envelopper méthodiquement.
6_ Le cerf bat le cours d'un ruisseau; si les chiens
ne relèvent pas, les enlever, et tâter sur les
deux rives, en amont et en aval.
7_ Le cerf va au marais (nous employons « marais
» dans un sens très large, désignant même
une grande queue d'étang, envasée et envahie par
les roseaux). C'est la meilleure défense du cerf; il
y est à peu près inexpugnable. Le marais n'est
accessible ni aux chevaux ni aux embarcations. Il est d'accès
pénible aux hommes à pied et aux chiens; surtout,
le sentiment s'y diffuse dans les lourdes odeurs végétales.
Un cerf rasé dans les roseaux déjoue la meute
la mieux confirmée. Laisser faire les chiens; s'ils mettent
bas, envelopper largement et patiemment le marais; lorsque le
cerf en sera sorti, les chiens croiseront sa voie, mais pourront
la suraller, la vase collée aux jambes de l'animal masquant
le sentiment. Examiner le vol-ce-l'est. Si l'on a certitude
sur un bon revoir, y mettre les chiens, cape en main, et suivre
la voie; les chiens y goûtent; s'ils en veulent et se
récrient, appuyer.
Si le cerf est rasé dans l'eau, explorer les abords,
au besoin du haut d'un arbre. Pénétrer vaille
que vaille dans le marais. Si l'on découvre l'animal
incontestablement hallali, le servir à la carabine; mais
il n'est pas sûr de le trouver. Le cas est difficile,
que de cerfs, cependant bien chassés, ont dû leur
salut au marais.